Cuir Punter...

Fetish leather, BDSM, escort bikeuse ou gothique crasseuse, le cuir a pris l'habitude de s'infiltrer dans toutes les strates de la société avec un pouvoir érotique jusque là inégalé pour une matière.

Le fétichisme du cuir est une paraphilie peu répandue qui se caractérise notamment par une attirance sexuelle irrégulière pour le cuir. Du sexe qui crisse dans un dark room d'une chambre d'hôtel mal éclairée, un vieux fantasme de punter parisien savamment refoulé. La matière vient ici apporter sa fougue et sa texture animale pour le plaisir des sens. La matière au service des formes, des yeux, des coups...

Petit problème, le cuir est l'un des étendards des fétichistes les plus extrêmes, ces intellos du cul qui se taquinent la raie à l'aide d'une oreille de lapin quand tu leur demande la capitale de l'Écosse. Un paramètre qui vient très fortement bousculer le sujet du jour...

Qu'est-ce que le cuir ?

Échafaudé dans des tanneries ou des mégisseries, le cuir est un matériau très populaire dans le milieu du charme. Préparé à partir de la peau d'un animal (bovins & reptiles notamment), il a la même fonction "recouvrante et moulante" que le latex mais son origine animale expliquerait une partie de son pouvoir d'excitabilité (bruit, odeur et une certaine forme de "puissance" du vivant). Le latex étant une matière végétale et plus appréciée des libertins vegans, tout comme le rubber (caoutchouc). Le skaï étant une simple imitation du cuir.

En effet, le cuir est tellement moulant et uniforme qu'il fait office de seconde peau, d'ailleurs son origine animale intensifie cet aspect à bien des égards.

Le cuir est aussi un matériau qui vieillit bien, qui reste toujours à la mode, qui symbolise une certaine richesse mais surtout il engendre un rapport de forces érotique entre celui qui le porte et le "voyeur". On parle alors de la mise en marche de "traits de perversions" ou de "perversions transitoires", du fait de l'aspect fétichiste de ce type d'attirance si elle devient trop exclusive. Le cuir est notamment très utilisé par les escortes dominatrices pour accroître leur domination via la puissance hypnotique du cuir.

Le bruit du cuir, l'odeur, la vue, c'est une matière qui stimule les sens et qui intrigue. Mais cela est également le cas pour le Latex, le spandex, le catsuit (surtout utilisé comme zentaï) et à un degrés moins le legging. En résumé, des vêtements moulants qui collent à la peau et épouse les formes.

Le fétichiste du cuir, ce dandy..

Le fétichiste est un esthète du cuir, un mécène prêt à aligner 15 plaques pour continuer d'admirer de la leather girl prendre des positions indécentes sur des grosses mobylettes. Des positions qu'il lui dicte, car il joue sa pièce tout seul et écrit seul les règles du jeu.

Cependant, il faut bien distinguer le fétichisme d'objet (chaussures à talons, chaussettes, lingeries, etc..) et le fétichisme de matière (cuir, latex), bien que les deux puissent se compléter. D'ailleurs, la plupart des fétichistes du cuir sont également des fétichistes d'objets comme peut en témoigner les nombreux admirateurs de bottes ou de corset en cuir.

Étude clinique : escort leather boot, le cumul des mandats

S'ils l'on devait illustrer cette mode, le plus simple est de prendre un cas concret et assez fréquemment rencontrés dans le milieu fétichiste. En effet, une grande partie d'entre eux sont admirateurs de longues bottes à talons (boots), en cuir (leather), le tout porté par une escort girl dominatrice (femdom), à cela on peut y ajouter un legging et de beaux vêtements.

Dans cet exemple ci-dessus, le libertin cumul donc :

  • Fétichisme d'objet : généralement axé sur le pied mais cela peut inclure seulement les talons aiguilles, toute la botte voire les jambes (les fameux baiseurs de cuir #leghumping, que nous n'allons pas aborder aujourd'hui). Cela peut aussi concerner d'autres parties du corps, notamment les extrémités ou les zones courbées, féminines et ayant un fort pouvoir érotico-sensuel (main, hanche, visage).
  • Le fétichisme de matière : abordons maintenant le cuir comme fétiche. Le fétichisme de matière est principalement accès sur le cuir mais peut s'étendre au skaï, au latex, au catsuit ou encore au caoutchouc. le cuir permet une distanciation de l'autre tout en épousant des formes sexy. Une seconde peau.
  • Dominatrice en tant que femme-objet vêtue de cuir : dans ce cas, notre protagoniste rend hommage aux formes ce qui peut se déguster dans le cadre de jeux SM mais aussi dans un cadre plus minimaliste, à nu, en appréciant simplement la sensualité qu'il permet. Aussi, la dominatrice a vocation à mettre en avant ces objets (la botte et le cuir) pour acter sa domination, quit à s'éliminer elle-même en tant que sujet dans la relation. Le grand retour des souminateurs...

Point de vue psychanalytique

Petit rappel sur le fétichisme en général...

D'un point de vue psychologique, il semble que le fétichiste du cuir fasse une association, trompeuse ou pas, de la volupté de certaines parties du corps avec le vêtement qui le recouvre. Le fétichisme est donc là encore, victime d'un manque d'objet (le manque de phallus de la mère que le sujet refuse d'admettre dans la théorie Freudienne) et le sujet va trouver cette astuce, dictée par son expérience personnelle et sa structure psychique, pour parer à la castration.

En effet, le fétichisme d'objet ou de matière présente toujours un rapport avec le corps de la partenaire. Dans le cas du fétichisme du cuir, c'est le corps vivant qui permet la symbiose entre matière et sensualité, le gant en cuir est bandant que s'il n'est manipulé de l'intérieur par une petite bombe sexuelle à l'auriculaire de pianiste. Certains fétichismes sont cependant plus compliqués et, même si ce sont des objets inanimés, ils présentent des rapports entendus et indubitables avec le corps (lingerie, talons aiguilles, petites culottes (sales..)).

"La perversion sexuelle n'est qu'aberrance par rapport à des critères sociaux, anomalie contraire aux bonnes mœurs ou atypie par rapport à des critères naturels, la perversion est l'essence de l'homme".

S.Freud

...et extension sur le fétichisme du cuir en particulier

Lorsque la concentration de l'excitation sexuelle s'exerce sur le cuir, ou sur une partie de l'incarnation du cuir (certains fétichistes craqueront devant des mollets de femmes serrées dans du cuir, d'autres sur la chute de reins mise en valeur par le cuir, d'autres sur des gants, d'autres sur tout cela en même temps), il est alors difficile pour les amateurs de ses pratiques d'obtenir un coït (rapport sexuel classique incluant pénétration) qui nécessite une attirance plus nette et quasiment exclusive sur les parties génitales.

C'est alors le point dit "morbide", où le sujet est vraiment considéré comme pervers, c'est-à-dire qu'il n'atteindra le coït que via la matière ou l'objet, #cumleather. Sa jouissance se situe donc dans la "montée", des moments d'extases qu'il se condamne à reproduire dans des moments coupés de son histoire personnelle, c'est-à-dire que l'identification à l'objet est tellement absolue, parfaite, "sans sujet".

C'est le moment où tu te finis, dans le jardin, sur la photo de ton ex (un grand bonjour à tous les #tribute) pendant que tu as un beau jockstrap en cuir et que tu renifles un sac à main imitation croco. En psychanalyse, plutôt de dire que tu as déconnecté dans un délire, on dira que tu as "perdu les coordonnées symboliques du temps et de l'espace à cause de "l'exclusification" du fétiche".

Comme nous l'avons vu en introduction, le cuir tient son succès de son bruit, de son odeur, de sa couleur brillante, ce qui vient aiguillonner plusieurs sens à la fois. La perversion du fétichiste du cuir est donc de nature hyperesthésique (exagération physiologique ou pathologique de l'acuité visuelle et de la sensibilité des divers sens) et l'attirance pour telle ou telle partie du corps et telle ou telle matière dépend de l'histoire du sujet. C'est quand l'admiration de la femme laisse place à une admiration du cuir se mouvant sous le corps de la femme que l'on parle de perversions sexuelles car la femme devient "l'objet" (là encore, un lieu commun des fetichistes comme nous l'avons vu plus haut).

Le cuir dans le BDSM

La plupart des vêtements utilisés dans les jeux BDSM sont en cuir, tout comme de nombreux accessoires d'ailleurs. Les sado-masochistes vont aller chercher autre chose dans le cuir que le simple fétichiste, bien que les #leatherbdsm sont généralement des fétichistes "évolués". On peut notamment y trouver l'excitation due à l'enfermement, à la rétention (forme de "packing" pour reprendre une notion psychothérapeutique) mais aussi celui de l'anonymat.

Le BDSM a donc cette particularité d'assaisonner le port du cuir par des jeux de rôles pour extraire le point de tension orgasmique via des scénarios délirants. Parmi les jeux sexuels impliquant le cuir les plus connus :

  • Le pony play ou doggy play, où des hommes se font chevaucher pendant qu'ils sont vêtus de costume de chien ou de cheval en cuir. Boutiou-boutiou...
  • Le rubber doll, technique consistant à ressembler à des poupées géantes en caoutchouc moulant. Le sujet se carapace pour s'offrir une autre identité et le cuir est un très bon rétenteur, lissant parfaitement les formes et ne permettant aucune reconnaissance personnelle.

En effet, ces jeux BDSM ont l'avantage d'incarner un autre personnage tout en se sentant engoncé dans une autre peau. Ainsi, le libertin fetish va chercher à se sentir enfermé dans un corps féminin, dans un corps masculin ou même dans le corps d'un chien. Difficile alors de définir si le cuir est un moyen ou le but du fantasme.

Ces pratiques peuvent parfois se faire sans pénétration mais davantage comme une occupation artistique d'expression du corps. Le fétichisme de matière est donc souvent à la lisière du bondage ou du shibari dans son approche presque rituelle.

Nous venons de voir les formes toutes particulières du fétichisme du cuir et donc du processus fétichiste en général. Je n'ai certainement pas pu tout aborder mais l'objectif est de vous permettre de comprendre l'idée générale de ce type de déviance sexuelle. Constat que je complèterai en conclusion avant de voir l'aspect plus "culturel" du cuir.

Cuir culturel et civilisationnel

Le cuir est depuis longtemps le symbole de groupe marginalisés, à la fois rebelles et romantiques. Les rockers, les bikers, les gays, les punks ou encore les gothiques...

Le cuir chez les gays

Mister B est une ancienne boutique gay parisienne qui avait le don de mettre parfaitement en exergue le rapport très étroit qu'entretiennent les gays (les vrais de vrais, pas les animateurs télés) et le cuir. Dans la boutique, le choix était assumant voire intimidant : Shorty cuir, harnais, jockstrap, "puppy collection". Une vraie culture cuir à Paris et un partenariat assumée avec l'incontournable Mine puisque ces deux institutions du cuir en France étaient les organisateurs de l'élection mister leather. On espère que Mister B reviendra à Paris pour la vie libertine de la ville et les beaux escort boy gay qui la compose.

D'ailleurs, c'est bien la communauté gay et LGBT qui promeut une culture sexe du cuir avec une vraie mode, de vrais codes (on verra peut-être les codes fétichistes dans un futur article) et une conscience politique. Des parades ont lieu pour réunir cette communauté comme le Folsom Street Fair à San Francisco notamment qui à la réputation de regrouper tout un éventail d'orientations sexuelle articulées autour du cuir.

Les escortes girls adeptes du cuir

Sans parler des escortes dominatrices qui se font supplier de portée du cuir pour devenir des objets de cultes, certaines call-girls sont également des adeptes plus "raisonnées" du cuir.

L'escort Gothique

Parmi les styles vestimentaires, la mode gothique fait son apparition chez de nombreuses adolescentes et cela a tendance à se prolonger pendant les belles années. L'escort gothique est appréciée pour sa sophistication très sobre puisque le noir (et ainsi le cuir) est la pierre angulaire de ce style plutôt sombre mais pas inintéressant.

"La gothique, c'est comme la skinny baba-cool ou la rousse, t'as envie de la protéger", Didier.

Escort punk

Avec la morale actuelle, le cuir comme objet sexuel est encore mal compris. Forcément, quelques-unes des escortes ont été attiré par l'aspect punk et le cuir en général. Le cuir étant moins omniprésent mais toujours signifié et provocateur.

Conclusion

L'amour du cuir est donc quelque chose de très répandu. Des métiers et des cultures se sont construits autour de l'exploitation du cuir. Des productions plutôt luxueuses dans le mobilier et le vestimentaire principalement. Ce qui interroge, et c'est véritablement l'interrogation incompressible et mystérieuse, c'est cette excitation véritablement sexuelle que développent certains fétichistes à cet égard. Question qui reste en suspens entre le fantasme de la castration, de l'anonymat ou encore de cette dépersonnalisation sous une seconde peau.

Pour Lacan au contraire, et c'est absolument passionnant, le fétichisme du cuir est, comme toute perversion sexuelle, approfondissante car :

"C'est dans la béance du désir humain qu'apparaissent toutes les nuances par quoi le désir humain est tout entier exposé au désir de l'autre."

Lacan, séminaire Livre 1, "les écrits techniques de freud", Paris, P.U.F, 1967

Enfin, terminons par le fait que le cuir est souvent posé comme une pratique marginale appréciée d'une poignée de tarées. Souvent érigée comme un mystère, il semble tout de même que l'attirance pour le cuir soit avant tout une réponse complexe aux angoisses du sujet.

C'est dit :

"Le fétichisme du cuir n'est pas une question, c'est une réponse..."