Fétichisme des pieds : une obsession plus ou moins malsaine ?

Comment définir le fétichisme des pieds ?

Tout le monde possède une attirance plus ou moins marquée pour une particularité physique, ou pour une certaine partie du corps. Cette attirance prend de nouvelles proportions lorsqu’elle prend la forme d’un fétichisme. Celui qui concerne les pieds est considéré comme peu commun, même s’il est de plus en plus courant. Cette forme d’addiction reflète une certaine préférence sexuelle qui ne se focalise pas sur un élément physique à potentiel érotique.

Les pieds féminins sont les premiers concernés : membres inintéressants pour certains, ils représentent un objet de désir inégalé pour les fétichistes des pieds. Cette catégorie de personnes est souvent perçue comme étranges par ceux qui ne comprennent pas leur addiction. Parfois, cette forme de fétichisme est aussi considérée comme une déviance qui rend leurs amants difficiles à cerner. Sa nature perçue comme malsaine fait que ce fétiche est souvent caché, et la plupart du temps refoulé.

Bien que la pratique soit inhabituelle, elle n’est pas aussi rare qu’on le pense au premier abord. Les pratiques sexuelles tournant autour des pieds ne datent pas d’hier… Et concernent quasiment toutes les nations. Si le phénomène est connu, sa seule évocation fait naître des réserves, même au sein d’un couple. Est-il nécessaire de diaboliser autant la fascination pour les petons ? L’incompréhension de cette attirance, tout comme la visée même de cette attention divisent.

Alors, d’où vient ce pouvoir que les pieds ont sur les fétichistes ? Est-ce que cette obsession doit être considérée comme une pathologie, ou comme une simple forme de fantasme ?


Depuis la nuit des temps, les pieds sont l’objet d’une fascination partagée par plusieurs individus. Le fétichisme qui les concerne est similaire à celui que l’on peut éprouver pour des zones définies du corps : comme certains auront une attirance intenable pour les oreilles, les mains ou les cheveux, d’autres ressentiront un besoin insatiable de fantasmer sur les pieds. On peut ainsi définir le fétichisme comme une déviation de l’intérêt sexuel vers un substitut ne possédant aucun potentiel érotique.

Cet objet de l’attention, qui n’est généralement pas associé à la sexualisation, se retrouve affublé d’une forte aura sexuelle. Et comme pour toute autre cible de fétiches, la libido se concentre sur une partie inattendue de l’anatomie. Il est ainsi possible de considérer le fétichisme des pieds comme une déviation de l’énergie sexuelle, seulement dans le sens où la nature de l’intérêt ne peut être reliée à un ou des éléments particulièrement sexualisés.

Dans la grande majorité des cas, ce sont les pieds féminins qui sont au centre de cette sexualisation inhabituelle. Les hommes, plus que les femmes, sont donc plus susceptibles de développer une forme de jouissance plus ou moins marquée à leur évocation. Plus que n’importe quelle autre partie du corps, les pieds focalisent le désir, puis l’excitation sexuelle. Contrairement à une forme de fétichisme qui se concentrera sur les seins, les fesses, ou sur le soulignement de la vulve à travers un pantalon et des sous-vêtements moulants, celui des pieds est plus discrets, aussi plus subtil.

Pourquoi s’intéressent-ils aux pieds ?

L’attirance qu’une personne peut éprouver envers des pieds est moins évident que celle que l’on constatera sur des éléments corporels à visée sexuelle. En règle générale, le fétiche se porte sur les petons bien mis en valeur… ou intégralement cachés. Aujourd’hui, porter des chaussures qui les camouflent intégralement est courant. Pour le fétichiste, le mystère qui entoure cet attribut pèse lourdement sur la balance. Son obsession pour les pieds l’incitera à imaginer les courbes de ces derniers, de fantasmer sur leur apparence en dehors de la chaussure. La forme, mais aussi les soins que les femmes portent à leurs pieds, sont de nature à éveiller un instinct quasi-animal chez le fétichiste, qui est souvent associé à une pratique proche du BDSM. L’ampleur de l’attirance peut être telle que certains développent un fanatisme compulsif à la vue des membres qui les intéressent sexuellement. Pour les amateurs bornés, cette sexualisation s’arrête à une jouissance perçue dans le simple fait de jouer avec. Ceux qui vivent mieux leur attirance en arrivent à sucer, lécher, ou mordiller les pieds qu’ils trouvent beaux. Cet objet de désir n’est pas perçu comme une source de satisfaction sexuelle à proprement parler. Il se rapporterait plus à un atout de séduction qui suscite l’excitation, le booste et le maintient. Ainsi, la vue directe du pied ne conduira pas forcément à une jouissance, bien qu’elle puisse initier un désir sourd et prenant pour le fétichiste. Son potentiel érotique réside surtout dans les fantasmes qu’il apporte. Son aspect sexy a ainsi plus d’importance que le simple fait de l’apercevoir à travers sa chaussure.


Fétichisme des pieds : un désir de fellation ?

Les hypothèses concernant ce fétichisme vont bon train. Parmi elles, la théorie d’un désir de fellation sur un membre invisible retient l’attention. Pour les hommes, le fait de se concentrer sur les attributs d’un pied et particulièrement sur les orteils pourrait être associé à une envie de « sucer un phallus sur une femme ». Ce membre sexuel étant absent sur la gente féminine, les fétichistes des pieds redirigeraient leur intérêt vers des parties du corps facilitant l’expression de cet acte érotique.

Pour d’autres, encore, cette envie irrésistible de prendre les pieds en bouche ou entre les mains reviendrait à caresser et sucer le sexe féminin. Cette forme de fétichisme pourrait donc être considérée comme un transfert d’un désir refoulé ou assumé vers une partie du corps mystérieuse mais accessible. Car, contrairement aux seins et aux fesses, les pieds ne permettent pas de définir la maturité sexuelle d’une femme, ou sa capacité à assumer sa sexualité. Ils partagent pourtant bien un point commun avec ces attributs sexuels visibles, car ils figurent parmi les principaux indicateurs de féminité auprès de la gent masculine.

Tout comme une belle poitrine valorisée ou des hanches assumées, des pieds soignés et entretenus renseignent sur l’affirmation d’une féminité acceptée, d’une sexualité saine… et ouverte ! Retenons aussi que de beaux pieds reflètent le mode de vie d’une femme, ainsi que son équilibre. Le transfert peut ainsi s’exprimer par la focalisation de l’énergie sexuelle vers un indicateur discret, mais particulièrement bavard envers ceux qui savent décrypter son langage.

Ces hypothèses peuvent faire sourire, car l’une d’entre elles redirige doucement l’esprit vers la pratique du pegging. Le principe, qui permet à une femme de pénétrer un homme grâce à un sextoy relié à ses hanches, replace cet intérêt porté à un phallus de substitution. Il n’est cependant pas prudent de mettre le fétichisme des pieds dans la même catégorie que l’addiction à un gode ceinture. Le désir qu’il provoque se rapproche plus de ce que d’autres peuvent ressentir envers la lactation érotique, le nez, ou encore les aisselles.

L’obsession des pieds, tout un art !

Il ne faut donc pas penser que le fétichisme des pieds se résume à une érection provoquée à la vue de n’importe quel pied « acceptable ». Ce type d’attirance peut être associé à une sublimation des attributs sexuels, ainsi que de la sexualité elle-même. L’acte ne repose pas seulement sur l’assouvissement du désir que les petons provoquent. Il peut prendre plusieurs formes, mais toutes visent finalement à faire durer le plaisir. Pour le fétichiste des pieds, le plus important est de profiter des courbes de l’objet sexualisé, et de consommer patiemment l’élément de son désir.

Le but est simple, et rappelle finalement celui que tout le monde peut ressentir à la vue d’une source d’excitation potentielle : se faire plaisir avant de passer à l’acte et stimuler les sens pour atteindre un orgasme plus intense. Il est cependant certain que la tournure prise par cette forme de sexualité d’un autre genre est particulière. Plutôt, que de courir vers la conclusion, les fétichistes prendront le temps d’apprécier les caresses prodiguées à une partie du corps. Nombre d’entre eux considèrent ces préliminaires comme un art à part entière.

Il est aussi possible de dire que la satisfaction tirée des petons se rapporte à celle de la torture avant l’acte. Bien qu’elle ne soit pas aussi cruelle et marquée que celle d’une pratique SM à proprement parler, elle est assez significative pour que les hommes prennent autant leur pied que les femmes. Si celles-ci commencent doucement à quémander la pénétration, les premiers s’amusent à accroître l’envie à mesure que leurs partenaires sexuels sont impatientes. Il peut autant s’agir d’une forme de torture infligée à soi qu’à l’autre.

Il est cependant certain que les fétichistes sont les premiers à rechercher cette attente, créant une forme de dépendance proche du masochisme. En s’intéressant aux pieds, ils s’attaquent à des nerfs hypersensibles, dominent… tout en se laissant dominer. Certains fétichistes des pieds peuvent d’ailleurs développer une addiction pour les dominatrices qui leur « imposent » de se rabaisser à sucer leurs pieds. Engrangé dans une chaîne d’esclave sexuel recherché, le fétichiste prend le temps d’apprécier cette dominance, tout en restant maître de la situation.